Le travail du professeur de chant

Le travail du professeur de chant est bien comparable à celui d’une sage-femme. Nous en avons les joies mais aussi les risques.

Etre professeur de chant et de technique vocale nécessite beaucoup de doigté et de précautions. Et surtout beaucoup d’écoute… Pas seulement avec nos oreilles, mais surtout avec toute notre psychologie, car il faut savoir reconnaître qui est l’élève… Quels sont ses besoins, ses barrières, ses capacités ? Jusqu’où pourra-t-il ou voudra-t-il aller ? Quelle est sa disponibilité et sa capacité à recevoir un enseignement ?

Il faut savoir reconnaître et respecter tout cela.

Les bienfaits de l’expérience

Au début de ma carrière de professeur de chant et de technique vocale, j’étais tout feu, tout flamme ! Je pensais vraiment pouvoir aider tout le monde. Et parfois, lorsqu’un élève se révélait avoir une voix magnifique, je le poussais … Il m’est arrivé de lui mettre trop de pression en voulant bien faire et en pensant à ses capacités vocales. Mais j’avais oublié ses capacités psychologiques. Et ne l’oublions pas, la voix est une émanation de soi, et travailler sur sa voix, c’est aussi travailler sur soi.

Bref, cette élève avait énormément évolué, mais elle ne pouvait pas aller plus loin, car elle ne se reconnaissait plus et n’était pas encore prête à accepter cette évolution. Peut-être que si j’avais été moins enthousiasmée par sa voix et plus à son écoute à elle, j’aurais pu la conduire un peu plus loin en allant plus lentement.

Ce sont des choses qui s’apprennent avec le métier… Je sais maintenant qu’il faut tenir compte de la personne dans son intégralité. Avec l’expérience, j’apprends à lâcher prise par rapport à mes désirs de professeur pour me mettre plus à l’écoute des besoins fondamentaux de l’élève… Cela est important tant pour le choix du répertoire et des morceaux, que dans la conduite de sa voix.

Les difficultés du travail de professeur de chant

Classer les voix

Une des grosses difficultés de notre métier, c’est d’arriver à bien classer les voix. Pour les extrêmes, pas de problèmes, c’est assez facile à voir. Mais pour certaines voix, c’est très difficile.

Quelqu’un qui n’a pas d’aigu en démarrant ses cours peut très bien s’avérer être un ténor ou une soprano. C’est simplement qu’il n’avait pas trouvé la porte des aigus, le fameux « passage ». Une fois cette difficulté surmontée, il peut tout aussi bien gagner une quinte* ! De même pour les graves.

Le danger de ne pas faire travailler quelqu’un dans la bonne tessiture** va être :

Pour une mezzo classée soprano, d’avoir une voix trop verte, et donc manquer de vibrato sur les aigus, donc de moelleux, alors que si elle travaille bien dans sa tessiture, elle aura une voix chaleureuse et ronde.

Une soprano léger qui a beaucoup de grave risque d’avoir un trou dans les médiums si elle force sur sa voix grave.

Sans compter les phénomènes de forçage qui risquent d’abîmer des voix, et ce parfois de façon définitive !

Comprendre la personnalité

De même, il faut bien cerner la personnalité, car donner un morceau de grand opéra style Puccini, où il faut donner beaucoup d’émotion et avoir une nature que j’appellerais « opulente »,  à quelqu’un dont le caractère est tout en mesure et délicat, risque d’aller tout droit à l’échec. Ce genre de morceau peut se concevoir pour aider à sortir une voix, mais il faut se méfier que pour y arriver, l’élève va forcer sa voix et peut-être la travestir. Pour ce genre de caractère, je donnerai plutôt du baroque ou de la mélodie de Poulenc par exemple, avec de temps en temps une incursion dans le romantisme.

Le même discernement est à avoir pour les autres styles de musique, de façon à correspondre aux possibilités de l’élève, tout en l’aidant à repousser ses limites et à s’ouvrir à de nouveaux répertoires.

Bref, je dirais, qu’être professeur de chant nécessite beaucoup d’humilité et de remise en question. Mais c’est un métier passionnant. Et parfois, on a des joies intenses, quand un élève  a réussi à trouver sa voix… qu’il nous dit tout bouleversé : « Jamais je n’aurais cru être capable de ça »… On sent que ce n’est pas seulement de la note aiguë qu’il vient de faire magnifiquement qu’il est fier. Mais que c’est vraiment une révélation à lui-même.


* Intervalle de 5 notes. Par exemple : do-sol.

** Tessiture : zone principale de la voix. La partie la plus confortable de la voix… A différencier de l’étendue, qui va de la note la plus grave à la note la plus élevée.

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