Comment travailler les longues vocalises, appelées aussi « coloratures » ?

Tout d’abord qu’est-ce que sont les coloratures ?

Non, ici je ne parle pas de chanteuses, mais bien des longues vocalises que l’on trouve essentiellement dans la musique baroque et classique (surtout dans le sacré). Vivaldi, Bach, Haendel et Mozart en usent et en abusent, pour notre plus grand plaisir mais aussi pour notre plus grande difficulté.

Et ceci concerne aussi bien les choristes que les solistes !

Comment travailler ces longues vocalises ?

Eh bien, avec beaucoup de patience et de travail ! Il n’y a pas de secret ! Derrière une grande agilité, il y a bien sûr une facilité naturelle, mais surtout, énormément de travail !

travailler une longue vocalise dans Et in unum Dominum
Extrait de la Messe en si de Bach

Vous avez ci-dessus un exemple d’une longue vocalise ou colorature sur cet extrait du duo « Et in unum Dominum ». Je vais vous parler uniquement de la partie soprano, la partie alto étant un peu moins longue.

Travailler les longues vocalises : en premier, le débroussaillage.

A la table : on isole la partie vocalisante, ici en surligné. On lit à voix haute avec le nom des notes et le rythme, d’abord lentement mais très régulièrement, puis on monte le tempo jusqu’au tempo final.

Si on ne sait pas lire les notes, on peut faire ce travail sur patapata en parlant ou d’autres syllabes si l’on préfère, l’essentiel est que la langue ait à faire un travail d’agilité.

Souvent les vocalises ont un schéma musical. Il est très intéressant d’arriver à le dessiner pour mieux guider la voix et aussi pour y placer les nuances. On va repérer les montées, les descentes, les vagues, les intervalles conjoints ou non, etc…  Pour vous aider à bien le visualiser, prenez un crayon de couleur et dessinez un trait qui relie entre elles les têtes de note. Vous verrez mieux le schéma ressortir.

Travailler les longues vocalises : la mise en bouche.

Ensuite on chante ce passage, toujours avec le nom des notes. Tout d’abord lentement, puis on augmente la vitesse.

ATTENTION !  Cette partie du travail doit se faire très soigneusement de façon à ne laisser rentrer aucune erreur dans notre cerveau, pour que les réflexes soient intégrés parfaitement. A la vitesse où l’on devra aller (jusqu’à 8 notes par seconde !), il n’y aura place pour aucune hésitation.

Alors pourquoi avec le nom des notes ? Pour plusieurs raisons :

  • Cela permet au cerveau de recevoir l’information des notes de façon visuelle et auditive.
  • Cela oblige le cerveau à aller vite et à être très agile. N’oubliez pas que pour que la voix soit agile, il faut que la pensée soit encore plus rapide.
  • Ensuite, cela permet à la langue d’être, elle aussi, rapide et agile.

Une fois que ce travail fonctionne bien, on chante sur tapatapa…

Et ensuite seulement, on vocalise avec le texte du morceau, en repérant bien sur quelle voyelle on travaille, et quand on doit remettre une nouvelle syllabe.

Ne pas oublier quand on finit sur une consonne, de bien la faire sonner en fin de vocalise, car elle est écrite en général plusieurs mesures en avant. Sur cet exemple, la syllabe lan du mot landen est écrite sur la page précédente. On vocalise donc bien sur la voyelle a. Quand on a une diphtongue comme ici sur « jauch », on vocalise sur a et on fait le o en même temps que le ch, à la fin de la dernière note de la vocalise, comme montré dans la deuxième mesure.

Partition Jauchzet gott in allen landen - Bach
« Jauchzet Gott in allen Landen » – Bach

Travail pour améliorer l’agilité :

Si l’on voit que l’on patine toujours, on travaille en changeant le rythme des notes : (En surligné la partition originale)

  • Au lieu de notes régulières, on rallonge la première valeur et on diminue la deuxième valeur. (mesures 5 à 7).
  • Au lieu de notes régulières, on diminue la première valeur et on rallonge  la deuxième valeur. (mesures 9 à 11).
  • On fait des notes régulières mais on les regroupe différemment, par triolet par exemple. (mesures 13 à 15)
travail de vocalise sur Et in unum Dominum
Exercices sur « Et in unum Dominum » – Bach

Ce qui nous donne (en très ralenti –  le tempo est de 60 battements par minute à la noire, alors qu’il devrait aller à plus ou moins 80 battements par minute) :

Méthode de chant par Vaccai
Méthode de chant par Vaccai

Et bien sûr, il vous faut faire un travail de fond, avec des exercices d’agilité tous les jours de préférence en vocalises et avec le merveilleux recueil de Vaccai. Il existe en trois hauteurs de voix.

Respiration

Sur le modèle indiqué, les coloratures ne sont pas très longues, donc ce travail se fera assez vite, mais vous pouvez trouver des partitions avec de très, très longues parties à faire, qui se déroulent sur de très nombreuses portées.

Donc il va falloir respirer !  Parfois, on peut faire les coloratures d’une traite, mais ça n’est pas toujours le cas. Alors où placer la respiration ?

Dans le modèle du début, c’est moi qui ai choisi mes respirations, en les indiquant avec des virgules. Je les ai placées juste après les valeurs plus longues.

Quand il n’y en a pas, de valeurs un peu plus longues, il faut essayer de dégager les phrases musicales et respirer juste après…

Sauf à aller à une vitesse démoniaque, il est souvent impossible de faire les vocalises très longues d’une traite, et il faut bien se débrouiller pour respirer entre deux groupes de doubles croches sans que cela se remarque.

Allez, deux exemples d’une merveilleuse agilité :

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