Travailler une partition : travail « à la table ».

Comment travailler une partition ?

Le plus gros problème que l’on ait, c’est notre impatience à apprendre un chant ! On a trop souvent envie de le chanter rapidement… Mais il faut vraiment soigner son apprentissage car de mauvaises habitudes ancrées, et c’est fini… Vous aurez beaucoup de mal à l’améliorer.

Donc, on se freine et en tout premier lieu, on se met à table avec sa partition, un crayon et un surligneur !

On va donc avoir à travailler sur :

  • Le rythme
  • la mélodie
  • le texte
  • l’accompagnement.

On peut commencer par l’un des trois premiers, dans l’ordre que l’on veut. Pour ma part, j’aime bien commencer par le rythme. Mais en tout premier, il faut savoir dans quel style on se trouve (classique, jazz, variétés…) Les rythmes et intervalles ne seront pas abordés de la même manière. Le texte et le rythme sont très imbriqués, on les travaillera donc l’un à la suite de l’autre ou en parallèle.

Pour l’instant, nous ne nous occuperons pas de l’interprétation, de façon à garder la tête froide, tout en technique pour bien s’approprier le solfège.

Travail sur le rythme :

En tout premier lieu, lire l’indication de mesure, et celle du tempo. Ensuite, on marque ses pulsations pour y voir plus clair dans la partition. Si vous ne savez pas bien faire, vous vous faites aider.

La meilleure manière pour un chanteur de marquer ses pulsations, c’est de mettre un petit trait au dessus de la portée du chant, en faisant bien attention d’aligner la pulsation par rapport aux autres portées, s’il y a un accompagnement indiqué.

Surlignez les indications de changement de tempo ou de mesure. Pour vous aider dans ce travail, voici un petit lexique (pdf) sur les indications de tempo et les modifications de mouvement.

Travail sur le texte

Dans un premier temps on le lit sans rythme, d’abord des yeux, en lecture silencieuse. Avoir une traduction quand c’est en langue étrangère.

Ensuite on le lit à voit haute, pour le mettre en bouche, une fois sans rythme et une deuxième fois avec le rythme. Bien noter les accents toniques et vérifier s’ils coïncident avec les temps forts du rythme :

Pour mémoire :

  • Mesure à 2 temps : 1er temps fort, 2ème temps faible.
  • Mesure à trois temps : 1er temps fort, 2ème et 3ème temps faibles.
  • Mesure à 4 temps : 1er temps fort, 2ème temps faible, 3ème temps fort mais un peu moins que le premier, et 4ème temps faible.
  • Le premier temps d’entrée du chant n’est jamais un temps fort.
  • Pour le jazz, c’est un peu différent. C’est le deuxième temps qui est le temps fort, et le quatrième temps quand il y en a.

Quelques observations :

Vous allez voir que parfois, il n’y a pas de pulsation sur le démarrage de votre texte, comme c’est le cas sur mon exemple des Filles de Cadix. Il ne faudra donc pas accentuer cette syllabe, sinon, vous allez décaler tout le rythme. Donc bien veiller à n’accentuer que les temps forts. Bien sûr, on le fait avec doigté et sans exagération sauf pour bien fixer le rythme s’il est un peu complexe…

Tenues  :

Sur les syllabes à longues durées, j’ai pris l’habitude de compter à voix haute pour que mon oreille enregistre la durée.

travailler une partition : longues durées
Partition Les Filles de Cadix – Tenue

Par exemple sur le mot « beau » (début du 4ème système*) : « beau-2-3″… Je devrais plutôt compter « 3-1 », puisque ma mesure ne fait que 3 temps et que la tenue continue sur le début de la mesure suivante. Mais je préfère compter dans la continuité donc ici jusqu’à 3, parce le but est de mémoriser la durée de cette note tenue.

Dans ce passage du chant pris en exemple, ça n’est pas très dur, mais vous avez parfois de très longues tenues, et si l’on ne compte qu’à la mesure, on peut s’embrouiller, lorsqu’on a à tenir sur 5-6 mesures par exemple ( et du coup on va compter 2-3-4-5-6-7-8-9 etc…). Ça arrive parce que vous avez parfois des compositeurs vicieux qui n’ont qu’une envie, on dirait, c’est de vous faire mourir sur scène …

travailler une partition : très longues durées
Sposa son disprezzata -Vivaldi- longue tenue

Mélismes :

travailler une partition : mélismes
Partition Les Filles de Cadix – Mélisme

Vous voyez que sur ce même mot fillettes, vous avez ce qu’on appelle un mélisme, c’est-à-dire plusieurs notes pour une seule syllabe. Vous allez donc avoir à vocaliser sur « è » et donc dire  » fillet-èèèèèèèèèè-tes-2-3-4″.

Respirations :

Les respirations se prennent toujours sur la fin de votre phrase musicale ou textuelle. Vous allez donc devoir raccourcir votre dernière note s’il n’y a pas de silence prévu, de façon à ce que sur le temps qui commence la phrase, vous soyez parfaitement en mesure.

travailler une partition : respirations
Partition Filles de Cadix – Respiration

Par exemple sur le mot boléro : vous allez respirer sur la croche qui démarre la mesure suivante et vous allez démarrer sur « au son … » bien en place, sur la levée du 1er temps, donc sans accentuation.

N’oubliez pas que la respiration prend du temps, donc quand vous avez des silences, respirez bien sur le temps d’avant votre démarrage. Si vous respirez au moment où c’est à vous, vous serez en retard ! (Sur l’exemple, les respirations sont annotées par un grand V).

Ornements :

Comme le morceau que je vous ai mis en exemple est un morceau classique, vous avez ce qu’on appelle des ornements (représentés par des notes plus petites). Il va donc falloir les caser dans le rythme.

Selon le cas, les temps pour ces ornements s’emprunte soit à la note d’avant, soit à celle d’après, et cela sera également valable pour la syllabe. En général, pour vous aider, regardez la liaison (sorte de parenthèse horizontale).

travailler une partition : ornements
Partition Les Filles de Cadix – Ornements

Dans notre exemple, sur la dernière portée, « Et…(nous dansions un boléro) » : Vous allez faire é-é-é sur la valeur de la deuxième croche, sans être en retard sur le nous qui doit être bien sur le deuxième temps (faible, donc).

En final :

Vous allez dire le texte plusieurs fois en rythme, avec le métronome, quelque soit le style du morceau. Pour l’instant, on n’en est pas à l’interprétation, donc on reste strictement dans le tempo pour bien en comprendre l’ossature. On prendra des libertés avec la pulsation quand tout sera bien intégré.

Travail sur la mélodie

En premier lieu, on regarde la clé et les altérations. On en déduit la tonalité de base, surtout pour savoir si on se trouve en majeur ou en mineur. Important pour choisir la couleur de base de notre morceau. Est-il gai ou triste ? Le texte vous a déjà renseigné à ce propos. Si vous avez un morceau triste dans une tonalité majeure, il sera un peu moins triste que s’il est en mineur… Et vice-versa pour un morceau joyeux de prime apparence.

Vous regardez les annotations de style, les accentuations et autres signes. Pour vous aider dans votre travail, voici un pdf sur les termes concernant les nuances et les accentuations.

Maintenant que tout ce travail est fait, vous allez enfin pouvoir commencer à chanter. Si vous en êtes capable, vous déchiffrez directement à la table, sinon, vous vous mettez devant un clavier ou un autre instrument, et commence le boulot. Soyez très attentif à tout ce qui est indiqué sur la partition. Comme je vous l’ai dit en début de post, on est en train de fixer les bases du morceau, et ce qui est ainsi installé le sera quasiment pour toujours !

Travail sur l’accompagnement

Si vous l’avez sur la partition, regardez aussi ce qui se passe en-dessous du chant.

Les accords vont vous donner la couleur de votre voix, et conforter ou non ce que vous avez déjà vu dans votre déchiffrage.

Regardez si la ligne suit votre chant, si elle l’accompagne ou le contrarie. Y a-t-il des réponses à ce que vous chantez ? Êtes-vous en écho, à l’unisson, plus haut, plus bas ?

Repérez les notes ou les phrases musicales qui vous donneront vos entrées.

Qu’est-ce qui va vous aider : la basse ou la main droite du piano ? ou dans le cas d’un ensemble, quel instrument ?

Bref, pour les chanteuses qui me demandent parfois à quoi ça leur sert d’étudier la clé de fa, vous avez la réponse ici !

Si la partition en elle-même ne vous parle pas assez parce que votre solfège n’est pas suffisant, écoutez un karaoké, même moche dans un premier temps, ça vous donne quelques indications… Avant de travailler, quand on le peut, avec des accompagnateurs. C’est tellement plus agréable.


* Un système est un ensemble de portées superposées, qui se jouent en même temps. Il est indiqué par un crochet, une parenthèse ou simplement une barre, qui relient toutes les portées d’un même système.

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